Fred, avant centre du Brésil : le complexe de l’imposteur

Catastrophique Fred

Lorsque le nom de Fred est réapparu dans les médias européens, l’an dernier en coupe des confédérations, nous nous sommes tous dit : « Mais non, ça ne peut pas être le Fred de Lyon, celui qui était tellement mauvais qu’Aulas n’arrivait pas à s’en débarrasser. Ça doit être un autre Fred. Fred est un nom très répandu, Fred Astaire, Ginger et Fred ».

Et puis il a bien fallu accepter l’inacceptable : c’était bien notre Fred. Le même. Lorsque nous l’avons vu jouer titulaire, en coupe du monde, lors du match d’ouverture contre la Croatie, nous nous sommes quand même pincés. Mais non, nous ne rêvions pas, c’était bien lui, reconnaissable à son style de jeu inimitable : lent, inexistant, transparent, absent. Reconnaissable à l’absence de sa présence sur le terrain, à cette sensation étrange qu’il ne devrait pas être là, qu’il s’agit d’une erreur, d’une farce du destin.

Fred, en résumé.

Fred regarde à travers ses mains

Mais pourquoi diable Fred est-il titulaire dans la seleçao ?

L’injustice est souhaitable. Car sans injustice, nous tous, les incompétents, les petits, et nous sommes quand même majoritaires, n’avons aucune chance de réussir.

Il faut nommer des gens incompétents, et pas seulement en politique.

Chaque injustice, ne l’oublions pas, c’est un petit peu plus de justice pour nous, les médiocres.

Ginger et Fred, de Fellaini

Hollande Président, Fred avant-centre du Brésil, Torres dans les 23 espagnols, Scarlett Johansson amoureuse de vous ou moi : tout est possible.

Même si tu es mauvais, même si tu n’as aucun talent particulier, même si tu es nul, toi aussi tu peux réaliser de grandes choses, puisque, regarde : Fred est avant-centre du Brésil.

Fred titulaire au Brésil : un peu de courage et d’espoir pour tous les petits, tous les laissés pour compte. Fred crée du lien social.  La démocratie réelle, enfin ! Tout le monde peut réaliser ses rêves, nous sommes dans un film américain, lorsque Fred joue.

Fred Astaire

Sports collectifs et passagers clandestins

Fred est le passager clandestin de la séléçao.

Bien entendu, de pareils destins ne sont possibles que dans les sports collectifs : un finaliste de Roland Garros ou Wimbledon a déjà gagné 6 matchs en 5 sets contre les meilleurs mondiaux. Il sait forcément utiliser une raquette, contrairement à Fred, qui découvre le ballon, surpris par chaque passe.

C’est la supériorité des sports collectifs sur les sports individuels. Un individu peu doué, avec des amis doués, peut être porté par l’équipe vers un destin exceptionnel.

Comme dans une entreprise.

Comme un imbécile, qui entre par hasard dans la bonne start up au tout début de l’aventure et qui, payé en actions, devient immensément riche, sans talent, porté par le collectif. Comme Fernando Torres, l’homme aux pieds carrés, incapable de viser un éléphant avec un ballon dans un couloir, qui est champion du monde et double champion d’Europe.

Des passagers clandestins du destin.

Défense de Fred

Evidemment, j’exagère.

Je force le trait pour faire sourire les lecteurs.

Fred n’est pas si nul que ça.

Le comparer à François Hollande, notamment, c’est vraiment méchant. Cruel. Fred a déjà réussi des choses dans sa vie professionnelle, lui. Il a marqué des buts avec Fluminense depuis son départ de Lyon.

On pourrait au contraire louer ses qualités mentales, son travail, son acharnement. Hier contre le Mexique (0-0), il se traînait sur le terrain, il faisait peine à voir, et, en même temps, il était admirable. Car, malgré son peu de talent, il donnait tout et essayait d’aider ses partenaires mieux dotés par la nature, les Neymar, Dani Alves, Thiago Silva. C’est tellement plus facile pour eux. Fred se bat, aux yeux du monde entier, il essaye, ne se cache pas. Il ne peut pas fermer la porte de son bureau comme un manager incompétent en entreprise.

Freddy

Le sentiment d’imposture

Fred est surement victime du syndrome de l’imposteur.

Dans un magnifique essai (« Le sentiment d’imposture »), la talentueuse Belinda Cannone raconte le mécanisme de ce syndrome dont nous sommes presque tous atteints.

Nous pensons que nous ne méritons pas ce que nous avons, notre situation, notre travail, ou même notre famille.

En amour, nous nous disons : « Je ne la/le mérite pas, elle/il va réaliser que je suis lamentable, incapable de susciter l’amour ». Dans le travail, nous nous attendons à être démasqués : « Ils vont se rendre compte de mon incompétence, ils vont me virer, c’est certain ».

La victime du syndrome éprouve le besoin de faire ses preuves toute sa vie. Sa période d’essai au travail, ou sa période de promotion en amour (cette période du début de l’amour, où l’on se travestit sous ses meilleurs atours, où l’on offre quotidiennement du sexe oral comme si on adorait ça), semble se prolonger toute la vie. Nous pouvons être congédiés sans préavis à tout moment. Voilà pourquoi l’entretien annuel d’évaluation est un des moments les plus stressants et les plus affreux. Parce que c’est sur, cette fois nous allons entendre les mots tant redoutés : «  Tu es une merde, tu es totalement incompétent, tu ne mérites rien de ce que tu as. Laisse tout sur la table, ton travail, ton argent, ton amour, ta famille et sors d’ici, imposteur. »

Le syndrome se manifeste notamment sous la forme de rêves récurrents : en général, on rêve que l’on repasse le Bac ou un examen, et que l’on ne sait rien.

Fred rêve qu’il repasse son Bac

Ne critiquons pas trop Fred, aimons-le

Car Belinda Cannone nous l’apprend : les vrais imposteurs, les menteurs, les tricheurs, comme Léonardo Di Caprio dans « Catch me if you can », de Spielberg, qui se prétend pilote de ligne, ne sont pas victimes du sentiment d’imposture. Ils ne doutent pas, ne rêvent pas du Bac.

Seuls doutent les gens honnêtes, scrupuleux. Ceux qui essayent vraiment.

Fred essaye, doute, se bat, avec ses moyens limités. Fred n’est pas Neymar ou Ronaldo, mais il essaie, honnêtement, avec son cœur. Fred n’est pas un imposteur mais juste juste un homme ordinaire au destin extraordinaire.

Il nous représente tous, avec nos limites et nos complexes.

Merci Fred

Neymar cherche à étrangler Fred, pas très joli

 

7 commentaires

  1. Désolé d’avoir a la dire, mais Benlosam n’a visiblement rien compris au
    rôle de Fred. Donc au foot. Et donc à la vie.

    On ne demande pas a Fred d’être ce qu’il n’est pas. On lui demande de jouer
    comme il sait le faire, c’est a dire comme un gros bourrin. Et
    éventuellement de provoquer des penalties de manière tellement grossière
    qu’aucun de ses coéquipiers ne pourrait le faire sans éclater de rire.
    N’oublions pas que c’est lui qui a ainsi débloque la situation contre la
    Croatie.

    Fred n’est donc pas un imposteur. Il n’a jamais prétendu être autre chose
    qu’un gros bourrin, et c’est pour cela qu’il a été choisi. Car il faut de
    tout pour faire un monde, y compris des bourrins en attaque.

    Dans le film « Le gout des autres » (Agnes Jaoui et Jean-Pierre Bacri), le
    personnage incarne par Alain Chabat est a moitié idiot. Au cours du film on
    le voit essayer de jouer simplement deux notes a la flute. Il a beaucoup de
    mal a réussir cet exercice pourtant simplissime mais il s’obstine. En dans
    la dernière scène du film on le voit arriver enfin a jouer ces deux notes
    (tut tut, tut tut), le plan s’élargit on voit qu’il fait partie d’un
    orchestre, et les autres musiciens se calent sur le rythme qu’il donne pour
    jouer un morceau brillant dans un ensemble parfait.

    Ce personnage est limite inadapté, et il évolue pourtant dans un groupe de
    vrais musiciens. Est il un imposteur ? Non. Juste il joue sa partition.
    Elle est adaptée a son modeste potentiel, et ainsi il contribue a
    l’harmonie de l’ensemble. Il faut de tout pour faire un monde.

    Dans la plus éminente des organisations, au milieu de gens brillants on
    trouve des personnages qui ne le sont pas. Ce ne sont pas des imposteurs,
    ils assument un rôle précis et limite, ils ne prétendent pas être aussi
    brillants que les autres.

    Benlosam ose suggérer que notre Président de la République serait un
    imposteur, c’est faux puisqu’avant même son élection François Hollande
    aspirait a devenir « un président normal ». Pas le meilleur président, ni un
    excellent président, non, un président normal. Aucune imposture donc.

    Aucune imposture non plus pour le flutiste limite qui se contente de
    donner le rythme a la fanfare, ni pour Fred a la pointe de l’attaque du
    Brésil.

    Il faut de tout pour faire un monde.

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  2. Mec je sais oas si tu connais le foot mais Fred n’a jamais été mauvais à Lyon. Il a juste galéré la dernière année (après son divorce, donc mentalement au fond du trou).
    Ce genre d’article est juste pénible. La prochaine fois, parle d’autre chose. Dire que Fred est lent ou bourrin c’est réduire de beaucoup ses qualités. Fred est capable de ça:

    Et enfin Fred en séléction c’est 17 but en 34 matchs. 1 but tous les deux matchs. Le ratio de Trezeguet par exemple ou Messi en séléction ou C. Ronaldo et en tout cas mieux que Benzema.

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  3. Monsieur Benlosam, j’adore votre verve et cet article m’a fais bien rire, et plus que ça encore ! Très profond et drôle, merci encore Monsieur.

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