Réforme de la Ligue 1, réforme des collèges : un même combat contre l’élitisme et la stigmatisation des plus faibles

La ligue a réduit à deux le nombre de clubs de Ligue 1 relégués en Ligue 2 à la fin de la saison. Cette décision a surpris nombre d’observateurs, elle est pourtant parfaitement logique et surtout dans l’air du temps. La concomitance avec la réforme du collège n’est d’ailleurs pas un hasard.

Tout cela participe d’un même mouvement de lutte contre l’élitisme et contre la stigmatisation des moins performants.

Ces deux principes sont au cœur des objectifs assignés par Najat Vallaud-Belkacem à l’Education Nationale. Reconnaissons qu’au niveau de la lutte contre l’élitisme, notre football affiche d’excellents résultats. Grâce au niveau des charges et des impôts, nos clubs n’ont pas les moyens de recruter les meilleurs joueurs et cela fait ainsi plus de 10 ans que nous n’avons pas même joué une demi-finale de Champions League. Nous pouvons être fiers de nous distinguer ainsi des grands championnats européens qui eux cultivent l’élitisme à outrance.

En demi-finale de la C1 cette année, quatre des clubs les plus titrés d'Europe. L'image la plus odieusement conservatrice de la reproduction des élites.
En demi-finale de la C1 cette année, quatre des clubs les plus titrés d’Europe.
L’image la plus odieusement conservatrice de la reproduction des élites.

Mais l’Education Nationale a aussi déployé des efforts considérables pour ne pas stigmatiser les élèves en difficulté. Inévitablement toute classe compte un (ou plusieurs) dernier(s) de la classe. Supprimer les notes, alléger les programmes, supprimer les filières d’excellence, ces mesures salutaires permettent de dissimuler ce statut de dernier de la classe. Le but ultime étant que les élèves en difficulté ne soient pas identifiables, et ne puissent donc pas être stigmatisés.

Or que voit-on chaque année à la fin du championnat de Ligue 1 ? Exactement ce qu’il faudrait éviter puisqu’à la stigmatisation s’ajoute l’exclusion. En effet des clubs sont montrés du doigt pour leurs résultats insuffisants et exclus du groupe. Ces clubs, victimes d’une sélection impitoyable, sont rétrogradés, leurs supporters pleurent, ils sont moqués par les clubs voisins … comment accepter plus longtemps un comportement aussi inhumain ? Comment accepter que le plus faible, au lieu d’être soutenu, aidé, soit au contraire sanctionné ? Sommes-nous des bêtes pour éliminer ainsi ceux qui souffrent ?

Frédéric Thiriez fait part à Najat Vallaud-Belkacem de ses projets pour abolir l'élitisme dans le football français. Elle a l'air contente.
Frédéric Thiriez fait part à Najat Vallaud-Belkacem de ses projets pour abolir l’élitisme dans le football français.
Elle a l’air contente.

Nous sommes tout de même en 2015 et il était temps que cela change. La suppression de la troisième place de relégable n’est évidemment qu’un début. Dans un monde idéal, aucun club ne serait ainsi publiquement fustigé pour ses insuffisances et le groupe des clubs de Ligue 1 garderait son intégrité solidaire par-delà les performances de chacun. La relégation n’est rien d’autre que de la discrimination à l’encontre des plus faibles.

Allons plus loin : pourquoi réserver aux meilleurs le bonheur de disputer la Champions League ? Ce privilège accordé aux premiers est la définition même de l’élitisme. Surtout quand on constate le détestable phénomène de reproduction des élites : le PSG est champion pour la troisième fois consécutive, et on se souvient qu’au début des années 2000, l’OL avait monopolisé pendant 7 années de suite cette place enviée qui ouvre la porte de l’Europoe. Voilà la définition même du conservatisme, contre lequel, au-delà de la Ligue, la République elle-même doit lutter. Pour une vraie égalité des chances, pourquoi ne pas décider que les équipes participant à la Champions League soient désormais tirées au sort ?

Najat Vallaud-Belkacem est obligée d'arborer les écharpes de Lyon et du PSG, symboles de l'élitisme dans le football français. Son malaise est visible.
Najat Vallaud-Belkacem est obligée d’arborer les écharpes de Lyon et du PSG, symboles de l’élitisme dans le football français.
Son malaise est visible.

A la place du conservatisme élitiste c’est le pluralisme qui s’exprimerait, chacun ayant les mêmes chances de jouer des matchs prestigieux contre de grands clubs européens. Les moins bons n’étant plus stigmatisés, sanctionnés et exclus, le Football montrerait donc l’exemple d’un système sans discrimination.

Pour gommer définitivement les inégalités certains réfléchissent même déjà à un système où les équipes terminant un match sur un score d’égalité recevraient plus de points que pour une victoire.

5 commentaires

  1. Mon cher MAL, je désapprouve ton post. Faire de l’ironie sur un sujet aussi grave me semble pour le moins léger, et je me retiens.
    Les enfants représentent notre avenir.
    L’école les forme.
    On peut donc dire, comme l’a très bien analysé le premier François Bayrou, que l’école, et bien c’est important.
    Najat crée des EPI, c’est à dire des « Enseignements Pratiques Interdisciplinaires » portant sur 8 thématiques qui ont été négociés avec les partenaires du ministère (« développement durable », « Information, communication, citoyenneté » etc.). Ils auront vocation à occuper 20% du temps d’enseignement. Ils permettront un co-enseignement, dans la co-disciplinarité, avec une dynamique de projet. Ils vont donc permettre aux pratiques de secondarisation des apprentissages et de méta-cognition de se développer. Ces pratiques doivent innerver désormais la pédagogie. Et innerver, c’est important, non ?
    Par ailleurs, ils répondent à une demande très forte d’interdisciplinarité. Quel parent n’a jamais entendu son enfant, de retour de l’école, lui demander : « Papa, à l’école on ne fait pas assez de maths en gym ». Ou encore « Maman, pourquoi la prof de SVT ne parle pas de la révolution française ? ». Les élèves comprendront l’importance des passerelles et des ponts entre les disciplines – c’est important les passerelles, un peu comme l’innervation. Trop d’enfants quittent l’école sans se douter de l’importance des ponts (et des passerelles) et même de l’innervation. Fou, non ? Est-ce acceptable en 2015 ?
    Pour éviter toute confusion, disons-le clairement : les EPI ne sont pas des questionnements transdisciplinaires par sujets ; au contraire, grâce à eux, la réponse aux enjeux contemporains passe par le prisme des disciplines. C’est bien cette complémentarité qui doit être structurante pour les élèves.
    En conclusion, rappelons (car certains, comme toi, accrochés à leurs petits privilèges, l’oublient) que le but de l’école est de diminuer les inégalités, pas d’apprendre quelque chose aux enfants. C’est une question de priorité : si on passait du temps à enseigner les matières fondamentales, on perdrait de vue la véritable mission de l’école républicaine : réduire les inégalités ; ce serait inacceptable.
    Toutefois, ne laissons pas les adversaires xénophobes de la réforme la caricaturer : si, par inadvertance, un élève sortait du collège en ayant par hasard appris quelque chose, et bien, après tout, pourquoi pas ?

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  2. Oui,la reproduction des élites est inacceptable. Que comptez-vous faire contre ce  » milieu offensif » qui cherche à cacher son ADN, ou plutôt son ZDN, en mettant son fils « dans les cages »? Est-ce respecter l’égalité que de priver de ce poste un manchot, ou un bigleux ou un empoté obèse?

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  3. Je comprends que l’auteur utilise des hyperboles pour illustrer son propos mais quand même, « plus de 10 ans que nous n’avons pas même joué une demi-finale de Champions League » est un petit peu exagéré.

    Admirant la culture de ce blog, il ne peut s’agir que d’une faute de frappe (un « demi- » en trop, peut-être car il a été bu peu avant l’écriture), d’un calcul logique mais non expliqué au lecteur car supposé évident (les demi-finales étant 2, si cela fait 5 ans qu’aucun club français ne s’y soit trouvé, en nombre de match cela équivaut à 10 ans sans finales par exemple), ou encore d’un contre sens au niveau du « nous » (« nous » est il un club français en général ou un club en particulier ? Si on prend l’exemple de l’ASSE cette période de disette prend d’ailleurs une toute autre dimension…).

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    1. Cher Grégoire,

      merci pour votre commentaire, et merci pour votre vigilance. Selon certaines sources il semble bien en effet que l’Olympique Lyonnais ait disputé une demi-finale de Champions League en 2010. Incontestablement la ferveur a obscurci notre jugement, et à trop vouloir démontrer nous en avons oublié les bases les plus élémentaires de la vérification des faits.

      Toutes nos excuses pour cette erreur, qui ne doit pas venir écorner la réputation d’exactitude et d’infaillibilité de notre site. Cela ne se reproduira plus et des sanctions ont été prises.

      MAL

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