Tableau final de la Coupe du Monde : les raisons d’une criante asymétrie

Beaucoup d’entre vous m’ont demandé pourquoi le tableau de l’Argentine était si facile alors que le nôtre est si difficile.

J’ai regardé les choses de près mais cela m’a pris un peu de temps. Les premiers matchs des seizièmes ont modifié l’impression que ces tableaux pouvaient donner et ce billet semble donc caduc. Il ne l’est en fait pas car il adopte un point de vue scientifique pour analyser la manière dont ces tableaux ont été élaborés et tout ce qui est écrit reste pertinent.

Reprenons donc la question de cette étonnante asymétrie entre un tableau qui semble très facile pour l’Argentine et beaucoup plus difficile pour la France. Mon analyse m’amène à dire que c’est sans doute dû aux hasards de la vie et non pas aux manigances des organisateurs ou des arbitres (qui par ailleurs feront tout pour que l’Argentine gagne cette Coupe du Monde comme je l’ai dit mais c’est une autre histoire).

Quelques mots sur la mise en place du tableau final. Les 12 poules ont été composées avec 12 têtes de série. En principe les têtes de série sont les meilleures équipes, sauf que les pays organisateurs sont automatiquement têtes de série. Dans le cas présent ils sont trois (au lieu d’un seul généralement, plus rarement deux) et ils n’ont pas le niveau des autres têtes de série. Etats-Unis, Canada ou Mexique sont a priori plus faibles que les autres têtes de série qui sont le Brésil, l’Argentine, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, le Portugal, l’Angleterre et l’Espagne.

A partir de là il est difficile de construire un tableau homogène puisque la valeur (supposée) des têtes de série ne l’est pas.

Considérons donc chacun des quatre « quarts de tableau », qui déterminent les adversaires potentiels pour arriver en demi-finale. Dans chacun des quatre quarts figurent trois vainqueurs de poules puisqu’il y a 12 poules et que 12 = 3 x 4.

Mais pour trois de ces quarts de tableau figure le vainqueur d’une poule dont la tête de série était un des pays hôtes. Pas de bol pour nous, nous sommes dans le quatrième quart, celui qui n’a pas cette chance. Avec nous les vainqueurs de poule dans le quart sont l’Allemagne et les Pays Bas (deux têtes de série qui ont gagné leur poule comme c’est le cas général).

Dans le quart de l’Argentine figure le vainqueur de la poule du Canada. Mais ce n’est pas le Canada lui-même car il n’a fini que deuxième. C’est la Suisse, qui bien que dans le deuxième chapeau lors du tirage au sort, a gagné la poule. D’où un adversaire relativement faible pour l’Argentine (on voit bien qu’il ne se compare pas aux neuf « vraies » têtes de série alors qu’il en prend la place en quelque sorte).

Autre coup de chance pour l’Argentine : le Portugal n’a pas gagné sa poule, or c’est lui qui aurait dû être dans le quart de l’Argentine. A sa place, l’Argentine affrontera la Colombie, a priori plus faible.

Autre élément : avec trois vainqueurs de poule dans chaque quart, certains se rencontrent dès les huitièmes de finale, d’autres seulement en quarts. Nous pouvons par exemple rencontrer l’Allemagne dès les huitièmes, alors que l’Argentine ne rencontre un vainqueur de poule qu’au niveau des quarts (privilège qu’elle partage avec trois autres vainqueurs de poule).

Enfin, l’Argentine a aussi le coup de chance énorme que l’Uruguay n’ait battu ni le Cap Vert ni l’Arabie Saoudite (match nul à chaque fois). Avec trois matchs nuls, le Cap Vert finit donc deuxième de cette poule alors que c’est l’Uruguay qui était attendue à cette place. Notons au passage qu’avec ses trois points et une différence de buts de 0 le Cap Vert n’aurait pas figuré parmi les meilleurs troisièmes. Absurdité supplémentaire induite par ce nombre de 48 participants.

Ce tableau déséquilibré est donc lié au tirage au sort des poules, et à des résultats sportifs qui à mon avis ne sont pas le fruit de manigances propres à favoriser l’Argentine (sauf à considérer que les arbitres aient favorisé le Cap Vert mais je n’ai pas de raison de le croire). Rappelons que la cause initiale de tout cela est le choix d’une Coupe du Monde à 48 équipes, ce qui brise la parfaite symétrie que rendait possible le nombre de 32, en usage depuis 1998.

1 commentaire

  1. Deux remarques : la première, c’est que l’Allemagne et les Pays-Bas ont giclé dès le premier jour de la phase à élimination directe. Je ne sais pas si cela influence ou non tes conclusions, mais cela crée un peu de changement par rapport aux prévisions initiales.

    La seconde, c’est qu’à ce stade, il vaut mieux passer dès à présent à une phase finale à 64 équipes :plus de droits télé, 6 semaines de football tous les soirs, le rêve…

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