Coupe du Monde : les journalistes sportifs entre déni et indifférence face aux biais d’arbitrage

Cette Coupe du Monde aura été marquée une fois de plus par un arbitrage nettement biaisé. Et une fois plus nos principaux médias de sport ne l’auront pas relevé. Je dirais même qu’ils l’auront volontairement dissimulé.

Or si l’arbitrage est souvent de mauvaise qualité en Coupe du Monde, nous avons cette année une version assez particulière de ce phénomène avec un arbitrage systématiquement favorable à l’Argentine pendant les matchs à élimination directe.

Pour illustrer cet arbitrage biaisé je me contenterai d’évoquer quelques faits marquants des deux demi-finales que nous venons de vivre. Je le précise avant tout : je ne dis pas qu’avec un arbitrage plus équilibré la France ou l’Angleterre se seraient qualifiées. Je pense que l’Espagne était meilleure que la France et que l’Argentine était meilleure que l’Angleterre. Mais cela ne m’empêche pas de penser aussi que l’arbitrage a favorisé l’Espagne et l’Argentine.

S’agissant de France Espagne il s’agit de plusieurs erreurs qui ne sont pas très spectaculaires mais qui ont un réel impact, et qui sont surtout significatives d’un biais indiscutable.

L’exemple le plus net est le carton jaune reçu par Rabiot lors de sa première faute, une faute involontaire et sans gravité. Rien ne justifie donc ce carton jaune, qui en outre intervient très tôt dans le match (9e minute). Malheureusement il est très lourd de conséquences car il va inciter Deschamps à sortir Rabiot à la mi-temps pour ne pas prendre le risque de se retrouver à 10 au cours de la deuxième mi-temps. Or Rabiot était notre meilleur joueur sur cette première mi-temps si difficile pour nous (et il est possible qu’avec lui à la place de Kone nous n’aurions pas pris le deuxième but).

C’est d’ailleurs parce que Rabiot était si important pour l’équipe que cette décision a été beaucoup critiquée par certains commentateurs, et cela exprime bien l’impact de la décision arbitrale. Certes Deschamps a peut-être eu tort de sortir Rabiot (nous ne le saurons jamais) mais nous avons une certitude : il n’aurait pas eu à le faire sans ce carton jaune. Cette décision a donc été très lourde de conséquences.

Autre exemple net : vers la 44e minutes, Dembele subit une faute aux abords de la surface de réparation. L’arbitre siffle coup franc puis il décide de l’annuler. Pourquoi ? Il ne s’agit pas d’une intervention de la VaR, elle n’a pas été sollicitée et n’a pas à l’être sur ce genre d’action. Nous n’avons donc pas d’explication à ce changement d’avis.

Dans un court article consacré à l’arbitrage de ce match, le journal L’Equipe donne la parole à un ancien arbitre, Saïd Ennjimi, selon qui c’est le juge de touche qui aurait signalé son erreur à l’arbitre central. Or nous sommes du côté gauche de l’attaque et à proximité de la surface. L’arbitre assistant est de l’autre côté de la ligne médiane, il est loin et donc très mal placé. Cette hypothèse ne tient pas (et signalons au passage qu’il y avait bien faute).

Je regarde plusieurs dizaines de matchs de foot par an depuis de nombreuses années, je n’ai peut-être jamais vu qu’un arbitre retourne ainsi un coup franc sans raison apparente. Saïd Ennjimi et les journalistes de L’Equipe ont évidemment vu plus de matchs que moi, ils partagent sans doute le même étonnement. Mais plutôt que de suggérer que l’arbitre a pu agir pour une raison sans lien avec le jeu, ils préfèrent avancer une hypothèse dont ils savent bien qu’elle ne tient pas. Mais nous reviendrons sur cet aspect plus loin.

Je ne veux pas faire trop long sur ce match, mais pour montrer qu’il ne s’agit pas de faits isolés je vais tout de même citer d’autres incidents du même type.

Fin de la première mi-temps, les Français obtiennent un corner. L’arbitre renvoie les équipes aux vestiaires sans le faire jouer. C’est extrêmement rare. Au cours de la deuxième mi-temps, le goal plonge dans les pieds de Dembele et se prend le ballon dans la figure. Il se tord de douleur (de manière évidemment exagérée mais malheureusement très habituelle aussi) et puisqu’il est ensuite établi que c’est le ballon qui l’a heurté il devrait y avoir corner. Ce ne sera pas le cas.

Enfin, à la 88ème minute, Lamine Yamal commet une faute sur Désiré Doué. Le contact est à la limite de la surface, certains affirment aujourd’hui qu’il aurait dû y avoir pénalty. Je ne prétends pas avoir de certitude sur ce point mais ce qui est indiscutable c’est que la VaR aurait dû intervenir pour un possible pénalty. Il n’en a rien été.

Citons aussi pour mémoire deux cas de hors-jeu pour Mbappé où l’arbitre de touche a levé le drapeau instantanément, ne laissant pas de place au doute alors que le hors-jeu n’était pas net du tout. A l’opposé il a laissé jouer des actions où un Espagnol était plus nettement hors-jeu, attendant de vérifier que l’action ne menait pas directement à un but pour l’annuler. Mbappé n’aura pas eu cette chance.

Cette accumulation montre un arbitrage biaisé.

Deschamps l’évoquera dans sa réaction d’après match, ce qui suscitera en direct les critiques et les moqueries des journalistes de RMC, et ne donnera lieu dans le journal L’Equipe qu’à un encart qui prétend démontrer qu’il n’y a rien à reprocher à l’arbitrage.

Dans l’autre demi-finale, la confrontation Angleterre Argentine a donné à voir pendant tout le match (et plus nettement pendant la première mi-temps), de la part des Argentins, un catalogue d’agressions, de mauvais coups et de trucages. Le tout très peu sanctionné par l’arbitre. A l’aune du jaune reçu par Rabiot, ce sont plusieurs rouges qu’auraient dû recevoir les Argentins.

La plus spectaculaire de ces agressions est le fait d’Enzo Fernandez, qui donne un violent coup avec le bras dans la nuque d’Elliot Anderson. Quelques minutes plus tard il commet une nouvelle agression sur Bellingham. Chacune de ces actions méritait au moins un jaune. L’arbitre ne lui en mettra aucun.  Rappelons qu’Enzo Fernandez marquera le but égalisateur à la 85e.

A la mi-temps les Argentins ont accumulé 12 fautes mais n’ont reçu qu’un carton jaune. Les Anglais ont également un jaune, pour 7 fautes. Les fautes anglaises étaient-elles plus méchantes que les fautes argentines ? Pas du tout, c’est le contraire qui est vrai. Les Argentins étaient d’une agressivité inacceptable et tous les commentateurs s’accordent sur ce point. Mais comme pour la plupart des matchs précédents, l’arbitrage a été d’une mansuétude coupable envers les joueurs argentins.

Le dernier incident est aussi le plus significatif : lorsque Messi récupère le ballon avant de centrer pour Lautaro Martinez qui marquera le but de la victoire (92e minute), il écrase au passage le pied de son vis-à-vis, le défenseur anglais Djed Spence. Sur le moment on voit celui-ci sautiller sur un pied quelques secondes sous le coup de la douleur avant de revenir sur Messi. Mais les secondes qu’il a perdues sont évidemment fatales contre un joueur comme Messi, qui peut facilement ajuster son centre.

Cette faute est parfaitement comparable à celle qui a valu un jaune à Rabiot. Elle ne sera même pas sifflée contre Messi. Et cette absence de sanction est on ne peut plus décisive puisqu’elle porte sur le but de la victoire, marqué pendant les arrêts de jeu. Rappelons que la VaR est sollicitée sur tous les buts. C’est ainsi qu’a par exemple été annulé un but des Egyptiens contre … l’Argentine. Mais ici non, tout va bien.

Tout cela est donc net, et il suffit de chercher un peu pour trouver des vidéos qui montrent de manière claire les actions que je viens d’évoquer.

On peut alors se demander comment les journalistes réagissent d’une part à l’incroyable agressivité des Argentins, d’autre part à cet arbitrage complètement biaisé.

Une émission de RMC (diffusée jeudi 16 juillet à 22h) vient répondre de manière parfaitement claire à cette question. Pour cette émission, à laquelle participe Daniel Riolo, est invité Olivier Guez, journaliste et écrivain, qui se dit lui-même « amoureux » de cette équipe d’Argentine. L’émission annonce qu’elle va faire le point sur les attaques dont l’Argentine fait l’objet en France, « accusée de tricherie, de racisme et de corruption ». Mais en réalité les journalistes ne font aucun effort d’impartialité. Ils adorent l’Argentine (c’est bien leur droit) et vont tout faire non pas même pour défendre cette équipe, mais pour la glorifier.

Puisqu’ils sont aux manettes de l’émission, ils vont évidemment choisir leur terrain pour combattre leurs adversaires. Pour commencer, parmi les multiples critiques adressées à l’Argentine, ils ne vont mentionner que celles auxquelles ils peuvent répondre facilement. Et en particulier les plus stupides d’entre elles. Il leur est facile, dans l’abondance des stupidités véhiculées par les réseaux sociaux, de trouver effectivement des critiques absurdes. Ils mentionnent donc les débilités sur le thème « Argentins = nazis » qui n’ont effectivement aucun sens. Ils se parent donc assez facilement des atours de la vertu (outragée).

Ils abordent ensuite le problème du racisme, avec les propos racistes tenus par certains joueurs argentins. Evidemment ils commencent par dénoncer le racisme sous toutes ses formes, mais ensuite plutôt que de reconnaître que ces joueurs ont eu tort, ils élargissent le sujet au niveau du pays, faisant semblant de comprendre que l’on reproche aux Argentins dans leur ensemble d’être racistes. Et ils finissent par comparer au Brésil, qui compte certes beaucoup plus de joueurs de couleur dans l’équipe nationale, mais qui selon eux a basé tout son développement sur l’esclavage. Nous sommes loin du sujet.

De toute l’émission ils ne parleront pas du tout des fautes commises dans la demi-finale (ni dans les autres matchs), et de l’absence presque totale de sanctions arbitrales. Ils ne prononcent d’ailleurs pas le mot de « faute », ils évoquent l’engagement, la « grinta », la combativité, le style de jeu de l’Argentine dont ils disent qu’il faut l’accepter, quasiment au titre de la diversité. Pour eux il ne faut pas que nous autres européens imposions notre football au monde entier, tous les footballs doivent pouvoir s’exprimer, et donc (c’est moi qui complète leur pensée) y compris un football fait de violence, de menaces et de trucage. Autant de spécificités locales dont ils souhaitent qu’elles puissent s’exprimer sans être sanctionnées par un arbitrage trop européen et frileux.

Enfin, évoquant les innombrables provocations et les insultes à l’adresse des Anglais de la part des Argentins, leurs admirateurs mentionnent avec un sourire patelin qu’ils sont chambreurs, qu’ils se chambrent entre eux et qu’il ne faut pas s’y méprendre : c’est une marque d’amitié. Cela fait partie d’un « folklore » que nous ne devons pas regarder avec nos lunettes d’européens.

Ce genre d’émission montre qu’il ne faut pas compter sur ces journalistes pour considérer de manière un peu objective la violence des Argentins et la mansuétude des arbitres.

Lizarazu, dans L’Equipe du 18 juillet, reprend cette vision en allant encore plus loin. Quand on lui demande si les Argentins sont arbitrés comme les autres, il répond qu’ils sont « agressifs, roublards, chambreurs, coquins ». Coquins ! On croirait entendre la mère d’un gamin mal élevé qui terrorise son entourage. On n’est plus dans la mansuétude, ce mot va au-delà. Il exprime que l’on peut tout tolérer de la part des Argentins. Quand Rabiot marche sur le pied d’un adversaire il doit être sanctionné car ce n’est pas sa pratique habituelle. Mais s’il s’agit d’un Argentin, qui par essence est « roublard, chambreur, coquin », il n’y a rien à dire. Nous devons l’accepter. Le sanctionner serait tout à fait malvenu. Lizarazu abonde dans le sens des journalistes de RMC amoureux de l’Argentine et donne donc une prime à la violence en faveur des Argentins.

Au-delà du cas particulier des Argentins, et de cette émission qui est une sorte de caricature, revenons plus globalement à la manière dont les principaux médias sportifs traitent ce sujet de l’arbitrage. Comme nous l’avons vu plus haut avec L’Equipe, ils refusent de voir les erreurs d’arbitrage, même quand elles sont nettes.

L’une des raisons est qu’en disant trop fort que le résultat d’un match peut dépendre prioritairement des décisions (injustes) des arbitres, les journalistes sportifs feraient disparaître tout l’intérêt que peuvent représenter leurs interventions. Ils passent une large partie de leur temps à expliquer pourquoi telle équipe a gagné (ou perdu) et pourquoi telle décision du coach a été judicieuse (ou maladroite). Et les débats sont longs et passionnés sur ces sujets.

Si l’analyse du match se réduit à dire que l’arbitre a donné délibérément la victoire à telle équipe, les débats vont être moins intéressants et les spécialistes autoproclamés auront moins l’occasion de donner des leçons de football à quelqu’un comme Didier Deschamps par exemple.

D’où l’absence à peu près générale de critiques argumentées envers les arbitres et même un refus de considérer que le sujet pourrait être sérieux. A celui qui insisterait trop sur ces faits on répondra donc parfois, et assez facilement, par « Mais tu ne crois quand même pas à la théorie du complot ? ». La théorie du complot, joker absolu qui discrédite l’adversaire et met fin au débat.

Or nous ne devons pas oublier qu’avant le match Etats-Unis – Belgique, Trump a affirmé avoir téléphoné à Infantino pour annuler la sanction qui frappait Balogun. Le meilleur joueur américain avait reçu un carton rouge contre la Bosnie et devait dont être suspendu pour le match suivant. Après l’intervention de Trump cette sanction a été levée (en fait officiellement différée) et Balogun a pu jouer contre la Belgique. Du jamais vu.

Fort heureusement les Diables Rouges ont éliminé leurs adversaires, effaçant les conséquences de ce scandale. Mais il est donc officiel que les instances dirigeantes peuvent tordre les règles à leur guise.

Avant une finale qui promet, je ne peux que répéter ma position : les biais d’arbitrage sont nets, ils auront favorisé l’Argentine pour tous ses matchs éliminatoires, dans l’indifférence et le déni à peu près systématiques des principaux médias sportifs. Cela n’enlève rien au talent des joueurs argentins (on peut se comporter comme un salopard et être très habile avec le ballon) mais cela nuit à l’image du football et au plaisir que nous prenons devant ce genre de spectacle. 

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